La majorité provinciale namuroise n’a manifestement pas pris la mesure des enjeux climatiques.

A la veille de la conférence de Paris sur le climat COP21, le groupe ECOLO au conseil provincial relève le vide abyssal du budget 2016 de la Province de Namur en matière d’enjeux environnementaux et climatiques :

 

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Gouverneur,

Chers Collègues,
Je vais couper court à tout suspens, le groupe ECOLO votera contre le budget 2016 présenté par la majorité MR/cdH.
En effet, c’est un peu le budget de « La croisière s’amuse ». Sur le paquebot les voyageurs et l’équipage vaquent de réceptions en promenades ignorant qu’autour d’eux l’eau monte, que de multiples plus petites embarcations prennent l’eau, parfois sombrent et qu’à l’horizon surgissent d’inquiétants ouragans. Les passagers hésitent entre regarder ailleurs et envoyer une ou deux bouées à la mer.
Deux questions majeures préoccupent le monde aujourd’hui.
Il y a d’abord le climat d’insécurité consécutif aux attentats du 13 novembre à Paris mais aussi aux mesures radicales et anxiogènes que le Gouvernement Fédéral à mises en place, plaçant ipso facto Bruxelles sous couvre-feu depuis une semaine maintenant.
Les questions de sécurité ne sont pas directement du ressort de l’institution provinciale. Elle peut et doit cependant jouer un rôle dans le domaine de la prévention, notamment du radicalisme religieux, pour autant que ce qui s’est passé à Paris ne relève pas du banditisme paré d’habits religieux. Nous savons tous que l’Islam, pas plus que les spiritualités chrétiennes, juives, orientales ou laïques, ne peut être assimilé à ces actes barbares.

Il reste que la coexistence entre des communautés de cultures différentes et l’importance, pour notre société, de donner l’occasion à chacun, jeune ou moins jeune, d’y trouver une place, par l’accès à l’éducation, à la culture, à l’emploi, à l’aide sociale, réclament une action publique renforcée.

Le subside de la Province de Namur au centre d’action interculturelle, le travail de services provinciaux comme la clinique de l’exil, l’équipe pluridisciplinaire du SASER qui offre soins médicaux et aide sociale aux migrants atteints de MST contribuent au maintien, en Province de Namur, d’un contexte d’accueil et de dialogue indispensable pour prévenir toute radicalisation.
Le budget 2016, établi depuis plusieurs mois, poursuit ce qui avait été engagé précédemment. A la lumière de l’actualité, le groupe ECOLO attend du Collège dans les prochains mois qu’il renforce son action et son soutien à tout ce qui pourra avoir un effet préventif.

Nous pensons notamment qu’il importe que la Province propose son soutien administratif aux représentants du Culte Musulman de manière à les aider à élaborer les documents comptables, tant pour le cultuel que pour le culturel, leur permettant de bénéficier du financement public auquel ils ont droit. C’est aussi en renforçant, au sein des communautés, les personnes qui partagent nos idéaux pacifistes et démocratiques, que la Province fera œuvre de prévention.
Monsieur le Président, Chers collègues,

L’autre question qui, elle, n’a pas pris le Collège et la majorité par surprise est le défi environnemental et climatique.
Lundi prochain, le 30 novembre (au 11/12), s’ouvre à Paris la conférence des parties, ouCOP21. Les représentants de 195 pays auxquels s’ajoute l’UE qui en représente 28 se réuniront autour de la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Un accord contraignant visant à maintenir l’augmentation de la température moyenne de la planète à 2 degrés maximum par rapport à l’ère pré industrielle en est l’objectif. Cela passe par une réduction drastique, de l’ordre de 40 %, des émissions de gaz à effet de serre, à l’échelle de la planète.

Sans cela les conséquences seront, dans les 50 prochaines années, incalculables :

Diminution des rendements agricoles et donc de la sécurité alimentaire

Multiplication des événements climatiques extrêmes

Hausse du niveau de la mer et acidification des océans

Déplacement de maladies endémiques

Perte de 30 % de la biodiversité consécutive ou corrélée à ces changements climatiques


Ces conséquences affecteront aussi notre province et ses habitants.
Tous les niveaux de pouvoir, de la commune à l’Europe doivent prendre leurs responsabilités en la matière.
La Province de Namur le fait aussi. A sa manière.

Dans sa déclaration de politique budgétaire, le Collège annonce la mise en route d’un plan Bilan Carbone. Il fait suite à une étude commanditée en 2012 et à l’engagement d’un attaché spécifique en 2014.

Pour 2016 est prévue la mise en place d’un plan d’action axé sur la réduction de l’empreinte carbone de l’institution provinciale. Madame la Députée a résumé celui-ci en trois mesures : mobilité douce, achat d’un véhicule 100 % électrique et alimentation durable. Enfin pour ce dernier, selon la déclaration de politique budgétaire, il s’agit de, je cite, « l’analyse de l’empreinte carbone des repas des cantines scolaires ».

Ce programme ambitieux se voit doté d’un financement extravagant de 16.000 euros. C’est à dire 1/10.000ème du budget provincial qui avoisine les 146 millions d’euros !
16000 euros ? Pourquoi ce montant ? Peut-être parce que nous sommes en 2016 ?
Trêve de sarcasmes, Monsieur le Président.
Contrairement ce que la majorité dit et fait, une province peut avoir une politique plus ambitieuse au regard des défis climatiques et environnementaux du moment.
Pour le démontrer, je ne vais pas utiliser le conditionnel ou me placer dans un avenir idéal. Je vais vous présenter deux initiatives qui ont répondu ou répondent à la mesure des enjeux.
Ce matin même, à cet instant peut-être, le Conseil provincial de la Province du Luxembourg entend les recommandations et propositions d’un Parlement citoyen consacré au climat.

La province de Luxembourg s’est engagée dans une démarche de développement durable depuis des années. Elle s’est donné pour objectif d’être une province à économie neutre, voire positive, à l’horizon 2050. Elle a signé la charte Tepos des territoires à énergie positive. Elle a ainsi initié une démarche d’amélioration de la performance énergétique de ses bâtiments, via une meilleure isolation. Des éco-teams ont également été mis en place dans ce sens, pour sensibiliser et optimiser la consommation énergétique.

La province prolonge son travail en conseillant et accompagnant les communes qui souhaitent adhérer à la « Convention des maires » qui vise notamment à réduire les émissions de CO2, la consommation d’énergie et à produire à base d’énergies renouvelables. Elles sont vingt à avoir embrayé dans ce projet. Les bilans énergétiques ont été réalisés et des plans d’action vont être mis en œuvre. De nombreuses visites de terrain ont également été effectuées pour échanger les expériences et comprendre ce qui se fait ailleurs : à Fribourg, à Beckerich, dans le Limbourg, dans le Land allemand Aller Leine Tal, au Danemark, etc. La province veut être parmi les précurseurs en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Elle croit au potentiel que recèlent ses campagnes et à l’intérêt économique que cette thématique peut exercer.
La Province du Brabant wallon a, pour sa part, adopté en 2011 un Plan provincial de Mobilité. Il ne s’agit en rien du Plan de mobilité présenté par la majorité provinciale namuroise dans son Budget.

Il comporte des mesures et des recommandations fondées sur une analyse des enjeux de mobilité au niveau du territoire provincial. Il a été accompagné par un conseil consultatif provincial de mobilité.

L’articulation du développement territorial autour des systèmes de transport, le développement d’alternatives à la voiture et la maîtrise de la croissance du trafic routier ou encore la communication et la bonne gouvernance des politiques de mobilité en sont les éléments structurants.

Parmi les actions concrètes identifiées : une étude sur les parkings de covoiturage ou encore un vrai réseau de mobilité douce qui irriguera durablement la province.
Je citerai encore quelques éléments de conclusion des auteurs de ce plan pour en montrer l’ambition et le souffle.
« L’élaboration de ce Plan provincial de mobilité a été une démarche véritablement innovante et instructive. Ce fut d’abord l’occasion de changer d’échelle. On sait en effet à quel point les plans communaux de mobilité permettent une sensibilisation importante des pouvoirs politiques comme des citoyens et la réalisation de nombreux projets. Mais l’approche strictement locale a ses limites : de nombreux projets pertinents à l’échelon communal peuvent s’avérer d’un intérêt limité au niveau provincial, voire engendrer des problèmes sur les territoires voisins. …
En intégrant dès le départ la question de la planification territoriale à la réflexion, le Plan provincial de mobilité s’inscrit, par ailleurs, dans une vision à long terme. Le diagnostic a en effet montré que les politiques d’aménagement du territoire des dernières décennies ont induit la dispersion de l’habitat et son corollaire d’effets secondaires sur les déplacements. Le Plan provincial formule donc de nombreuses recommandations en matière de gestion de l’espace et de localisation des activités, qui impliquent d’autres organes de décision, dans d’autres domaines que la mobilité à proprement parler et à d’autres niveaux institutionnels (Région, Etat fédéral).

Ce Plan a également été l’occasion de souligner l’urgence d’une action publique volontariste s’il l’on veut inverser la tendance d’une croissance inexorable des déplacements automobiles en Brabant wallon.
Réalistes, les mesures proposées dans le Plan ne visent pas à réduire le nombre total des déplacements automobiles d’ici 2030, mais plutôt à le stabiliser et à capter l’augmentation inéluctable de la mobilité par des modes plus durables. Les investissements devront être importants et les changements de mentalité profonds. Mais c’est la voie à prendre pour une mobilité durable dont l’enjeu ne se limite pas à réduire les nuisances environnementales : il s’agit aussi de renforcer la position économique du Brabant wallon, en tant que province dynamique et génératrice d’emplois, et assurer le bien-être social de tous ses habitants. »

Monsieur le Président, Chers Collègues,

La Province peut et doit se mobiliser pour répondre aux enjeux climatiques et environnementaux.
En matière énergétique, plus que l’investissement sporadique dans la performance énergétique de l’un ou l’autre bâtiment, le groupe ECOLO a demandé, et ce dès la session budgétaire précédente, qu’un inventaire des bâtiments provinciaux soient dressé, que sur cette base un bilan énergétique de chacun d’eux soit établi et que grâce à cela un plan pluriannuel d’investissements soit programmé. Nous l’attendons toujours.
Nous saluons le soutien que le Bureau Economique de la Province a apporté aux communes qui souhaitaient répondre à l’appel à projet Pollec 2, visant à encourager les villes et communes à devenir « communes à énergie positive ». Nous regrettons toutefois qu’il ait fallu attendre l’initiative d’autorités supérieures pour relancer une impulsion que le groupe ECOLO avait donnée lors de la législature précédente. La Majorité n’a pas été initiatrice, elle pourrait l’être davantage à l’avenir.
En matière de Mobilité, outre une réflexion globale au niveau du territoire provincial, comme l’a fait le Brabant Wallon, il semble opportun de tirer des enseignements d’initiatives comme le plan intercommunal de mobilité du Pays de Famenne (PICM) qui travaille sur 9 communes dont deux namuroises (Rochefort et Somme-Leuze) 1 ou encore la centrale de mobilité MOBILESEM, active sur 10 communes dont 6 namuroises (Philippeville, Couvin, Walcourt, Florennes, Viroinval et Doische). Cette centrale de mobilité a été créée pour répondre aux défis identifiés par l’étude SESSAM (Schéma de mobilité de l’Entre Sambre et Meuse) après analyse fine de la réalité territoriale2.

Il s’agit là de deux démarches qui existent déjà sur notre territoire et pourraient avantageusement être reproduites dans d’autres groupements de communes.

Une thématique à retenir pour notre tout nouveau Forum provincial des communes.

Nous ne manquerons pas d’y revenir.
En matière de déchets, le groupe ECOLO colo demande que la Province prenne acte du retrait de subsides régionaux alloués à la prévention et à la récolte de certains flux, non pour l’accepter mais pour y suppléer via ses services, via de nouveaux moyens alloués au BEP Environnement, ou via un soutien aux associations actives sur les questions de prévention des déchets. La Province doit prendre le relais d’une Région défaillante. Arrêter toute campagne de prévention serait un retour en arrière insensé, tant d’un point de vue économique qu’environnemental.
En termes de préservation de la biodiversité et de la protection des paysages, il nous semble opportun de renforcer le soutien aux Contrats de Rivière, dont la subvention stagne depuis trop d’années. La nouvelle, et heureuse !, subvention aux GALs pourra spécifiquement soutenir leur action autour du patrimoine paysager.

Par ailleurs, le groupe ECOLO souhaite que l’autorité provinciale redonne un souffle à la Fondation Close, notamment en l’incitant à soutenir l’adoption par toutes les communes du territoire de PCDN ambitieux et vivaces.
Un tel programme permettrait à la Province de Namur d’affirmer qu’elle est en connexion avec son époque et qu’elle œuvre au bien être de sa population au-delà de l’horizon électoral de 2018.

Malheureusement, la majorité MR/cdH préfère s’arcbouter sur son éléphant blanc, la Maison administrative provinciale. Elle choisit de grever à long terme les finances provinciales par des emprunts qui l’obligeront à sacrifier dans l’avenir sans cesse davantage de services à la population et aux communes pour payer une charge d’emprunt qui s’élèvera à 17 millions d’euros en 2016, presque 15 % du budget, sans compter les coûts d’entretien du pachyderme.
Monsieur le Président,

Dans un bateau, il importe avant tout de bénéficier des prestations et du soutien d’un bon équipage. Le groupe ECOLO tient à saluer et remercier le travail des services provinciaux qui ont permis l’écriture de ce budget et qui, au quotidien rendent des services aux habitants de notre province.
Cependant, Monsieur le Président,

L’eau monte, la tempête approche, les petits fours et le champagne vont bientôt venir à manquer dans la cabine du capitaine. Et la croisière ne s’amusera plus, forcée de revenir à quai, de remettre les pieds à terre.
Ce budget est insoutenable, tant d’un point de vue environnemental que financier.
Le groupe ECOLO s’y opposera.

Etienne Cléda

Chef de groupe ECOLO

1 http://www.paysdefamenne.be/famenne-mobilite/accueil-1
2 http://mobilite.wallonie.be/home/outils/plans-de-mobilite/plans-communaux-et-intercommunaux-de-mobilite-pcm-et-picm/la-mobilite-dans-le-sud-de-lentre-sambre-et-meuse.html

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